réfléchir & agir

quelques extraits de la revue :

extrait de Réfléchir & Agir numéro 16

r & a numéro 16
Larguons les Dom-Tom !

 

Tout aurait dû faire de moi un de ces post-colonialistes plus ou moins honteux à la Le Pen ou à la Chevènement qui, sous couvert de préférence nationale pour l’un, d’intégration républicaine pour l’autre, sont les plus fidèles propagandistes du maintien abusif de la France dans ces terres non européennes.

 

J’ai eu de la chance. Quelques bonnes lectures m’ont définitivement guéri : celle de Rebatet de toute tentation maurassienne ; celle de Bardèche de croire à la véracité ou à la morale des vainqueurs de 45 ; et celle de Saint-Loup et de Benoist-Méchin de penser irréalisable le rêve grandiose des hommes en noir du monastère d’Hildesheim. N’en déplaise à certains, n’oublions jamais ce rêve : il n’est cauchemar qu’aux yeux de ceux qui ont déjà, au moins inconsciemment, consenti à la disparition de l’homme blanc en tant que tel.

 

Venons-en donc au fait. La France doit, le plus vite possible, et à n’importe quel prix, larguer les DOM TOM.

 

Face à un monde asiatique en expansion démographique galopante, face à une Amérique qui a cessé, de fait, et depuis longtemps, d’appartenir à la même sphère ethno-culturelle que l’Europe (même si les apparences des USA et du Canada peuvent faire croire aux racistes primaires qu’il s’agit encore du « monde blanc »), la seule chance pour le peuple français d’exister encore en tant que peuple dans quelques décennies est de recentrer son énergie, toute son énergie, sur l’unique combat digne de son grand passé : la construction d’une Europe des peuples européens de Reykjavik à Vladivostok.

 

Et cela au lieu de perdre son temps et son argent à vouloir demeurer là où elle n’a que faire désormais. Il pouvait être admissible d’être présent sur les cinq continents il y a un siècle ou deux, quand l’Europe dominait le monde sans conteste et que les rivalités entre les nations européennes guidaient la politique internationale. Pourtant, dès cette époque, les esprits les plus lucides ont toujours vu dans les entreprises coloniales une dangereuse perdition des forces européennes. Le Prince Impérial tombant face aux Zoulous sans aucun profit pour la France ni pour l’Europe n’en est que la triste image d’Epinal. Il est intolérable aujourd’hui où l’Europe ne représente même plus 10 % de la population mondiale d’entretenir une politique post-coloniale qui n’a même pas pour excuse le messianisme de nos valeurs.

 

Larguons les Dom-Tom ! Qu’avons-nous à y perdre ? Pas grand-chose.

 

Sans doute une présence française régulière sur les podiums du 100 mètres des championnats d’Europe en pâtira-t-elle. Sans les Antillais, l’équipe de France risque, si j’ose dire, de faire pâle figure. Mais à ce compte, la Grande-Bretagne aurait pu faire du Kenya un comté de l’Angleterre au lieu de lui accorder l’indépendance, et elle serait régulièrement championne d’Europe de marathon ! Ca ne serait pas plus bouffon.

 

Et nos vacances, y pensez-vous ? Où bronzer idiot si les Antilles françaises font sécession ? Là où l’on va déjà : le capitalisme apatride sous sa forme hôtelière a bien compris que les DOM sont dorénavant trop des destinations trop chères (du fait, par exemple, des lois sociales françaises) ou trop risquées (du fait des mouvements indépendantistes capables de paralyser une île entière avec 25 militants) : le groupe Accor quitte la Guadeloupe. Mais rassurons-nous : d’autres paradis cocotiers exotiques existent non loin, où il est plus facile pour la canaille capitaliste d’exploiter sans vergogne la main d’œuvre locale, la République Dominicaine, par exemple, très à la mode ces temps ci chez les tour operators.

 

Plus sérieusement, il ne s’agit pas de faire le procès des Antillais, souvent fort sympathiques, mais seulement de constater que ces non Européens doivent trouver d’autres voies de développement que le soutien à bout de bras d’une Métropole qui n’a pas besoin d’eux.

 

Il en va de même pour la Réunion, modèle, si l’on peut dire, de juxtaposition ou de confusion ethniques. Mais après tout, les Mauriciens leurs voisins ne se débrouillent pas si mal que ça. Les deux îles principales des Mascareignes sont très différentes, et pas seulement du fait de leurs héritages coloniaux respectifs. Mais pourquoi croire que les Réunionais seraient moins capables que leurs voisins ?

 

Le cas de la Guyane est le plus intéressant. Certes, Choiseul à la Vème République, la France a durablement montré son incapacité a remplir le « département » vide, grand comme le Portugal mais cent fois moins peuplé que lui, et où les clandestins son maintenant aussi nombreux que les habitants réguliers. Aujourd’hui la base de Kourou est le seul apport incontestable, non seulement à la France, mais à travers elle à l’Europe spatiale toute entière, de notre outre-mer. Cela veut-il dire pour autant qu’il faille garder l’actuel statut départemental ? Pas forcément. Contre toute logique, du fait du (scandaleux) respect par Eltsine des (ineptes) frontières intérieures de l’URSS (tracées par Staline) lors de l’éclatement de celle-ci, les Russes ont bien abandonné au Kazakhstan la base de Baïkonour qu’ils ont pourtant construite de toutes pièces. Bien sûr, il leur faut aujourd’hui payer pour l’utiliser, mais ils l’utilisent comme bon leur semble, et demain si nous savons faire la grande Europe, il faudra bien remettre en question la délimitation territoriale du Kazakhstan et récupérer Baïkonour, non point pour la Russie, mais pour l’Europe entière. En attendant, trouvons des solutions pratiques pour conserver le contrôle de Kourou et poursuivons les recherches sur les lancements à partir de plates formes maritimes…

 

On peut, bien sûr, passer en revue les TOM de la même manière. Leur apport net à la France, et a fortiori à l’Europe dans l’optique résolument européenne qui doit rester la nôtre, est dérisoire.

 

La Nouvelle–Calédonie est certes une montagne de nickel entourée de nodules porteurs d’avenir. Et alors ? Le nickel, ça s’achète, surtout dans une économie mondialisée. Le cheffaillon local de l’UMP en sera peut-être un peu moins riche. Et alors ?

 

La Polynésie française fait toujours rêver, même si Jacques Brel et Paul-Emile Victor sont morts. Ferait-elle moins rêver indépendante ? De toutes façons, les essais nucléaires ont définitivement cessé à Mururoa. Le cheffaillon local appointé par l’UMP (bis) deviendra Président au lieu d’être Sénateur français. Et alors ?

 

Wallis et Futuna donnaient jadis ses plus beaux scores au mouvement gaulliste, mais depuis le 21 avril 2002, c’est la France toute entière qui donne à Chirac des scores dignes d’une république bananière, alors, même cette particularité perd de son intérêt.

 

Mayotte voulait rester française pour ne pas être comorienne. Cela n’empêche pas les Comoriens d’être plus nombreux à Marseille qu’à Dzaoudzi. Et alors ? En sont-ils plus européens pour autant ?

 

Saint-Pierre et Miquelon, dérisoires restes de l’épopée des pêcheurs normands au large de Terre-Neuve agacent les Canadiens. C’est sympathique. Mais est-ce suffisant ? Le grand métier est mort. Jusqu’en 1953, Fécamp était le premier port du monde pour la pêche à la morue. Le dernier chalutier de haute mer a quitté ce port pour les Etat-Unis en janvier 1996.

 

Et les îles Kerguelen, Saint-Paul ou la Nouvelle-Amsterdam, faudra-t-il les conserver pour que des cargaisons de langoustes congelées arrivent sur nos tables ?

 

Et les îlots inhabités de quelques kilomètres carrés, Tromelin, Juan de Nova, Bassas da India ou encore Europa, faudra-t-il les conserver pour que les RPIMa y fassent des opérations de survie et que le canal de Mozambique reste dans les eaux territoriales françaises ?

 

Faudra-t-il se battre pour conserver Clipperton s’il prend un jour au Mexique la fantaisie de nous en expulser ?

 

Les Dom-Tom nous donnent, aujourd’hui, le troisième domaine maritime mondial, et c’est là le seul argument d’un peu de poids en leur faveur. Mais tout cela ne prend un sens que si on accepte de se placer dans la perspective de l’Etat-Nation, celle d’une puissance exclusivement franco-française, celle précisément que nous récusons au nom d’un Empire européen. Peu nous importe que la France seule soit troisième au monde. Ce qui nous importe, c’est que l’Europe soit maîtresse chez elle !

 

C’est aussi que les Européens soient maîtres chez eux. Certes, il serait très injuste de tenir les « Domiens » pour seuls responsables des poubelles ethniques que sont devenues nos grandes villes mais, qu’ils le veuillent ou non, ils ont été des chevaux de Troie du cosmopolitisme multiethnique. Ils nous ont habitués à voir en eux, et à juste titre, des concitoyens Français même s’ils ne sont nullement des compatriotes européens. Demain, si nous le voulons, toute cette couleur apparaîtra marginale sous le blanc grand teint de l’Est européen. L’immense réservoir slave en général et russe en particulier est là pour redonner à l’Europe cette cohésion ethnique que les aventures coloniales plus ou moins frelatées lui ont momentanément fait perdre.

 

Car l’Europe se perd à vouloir sortir d’elle-même. Certes, le destin faustien de l’homme européen a permis à l’Europe de dominer le monde, mais cette domination porte en elle-même des germes de mort. Avant même que l’Europe ne se suicide en 1914, elle avait montré les faiblesses que lui infligeait la logique des Etats-Nations. Le vrai début du XXe siècle, c’est la guerre russo-japonaise de 1904-1905. Pour la première fois dans l’histoire, une puissance non blanche écrase, sur terre et sur mer, une puissance européenne, et pas n’importe laquelle, la Russie, la troisième puissance mondiale d’alors. L’an prochain, nous commémorerons le centième anniversaire de cet événement. Il serait peut-être temps d’en tirer toutes les leçons.

 

par Alfred MONTROSE, Réfléchir & Agir n°16 – Hiver 2003

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