
Armé de ses légendaires moustaches et de son non moins légendaire sens de l’humour, c’est bien l’écrivain A.D.G et non Hercule Poirot que nous avons eu le plaisir (et, pour une fois, le mot est mérité) d’interviouver. A.D.G. se met enfin à table et crache le morceau !
R&A : Que signifient les mystérieuses initiales A.D.G. ?
A.D.G. : C’est une commodité orthographique et, plus exactement, alphabétique, puisque, grâce à cela, je suis pratiquement en tête de tous les catalogues. Il n’y a que Aarons, dans la Série Noire, qui me batte…
R&A : Encore la théorie du complot !
A.D.G. : (rires) Oui ! Comme mon nom légal est absolument impossible à porter puisque je m’appelle Alain Fournier (comme l’auteur du Grand Meaulnes), il a bien fallu que je prenne un pseudonyme. Alors j’ai pris trois lettres au hasard et ça a marché. Je les ai gardées. Audiard m’avait dit : « Arrête tes conneries, tes histoires d’incognito et de lettres ! Reprend ton nom. » Mais à part Les Trois Badours qui ont été publiés sous le pseudo d’Alain Camille (et qui viennent d’être réédités sous le nom d’A.D.G.), voilà, je vous donne la vraie raison. Mais j’ai fait courir toutes les rumeurs. J’ai fait croire à des journalistes que cela voulait dire Alain de Gaulle. A d’autres que c’était Alphonse de Gateaubriand. Enfin, j’ai réussi à en mystifier quelques uns ! A tel point q’un ami d’un de ces journalistes (auquel j’avais dit Alain de Gaulle) avait répondu : « Ah, ça ne m’étonne pas, vous lui ressemblez tellement ! ».
R&A : Comment et pourquoi avez-vous écrit votre premier roman noir La Divine surprise ?
A.D.G. : J’écrivais de la poésie çà l’époque. Mais la poésie ne nourrit pas son homme. J’étais bouquiniste, brocanteur également. Je vendais des armes anciennes (parfois d’autres un peu moins anciennes). Ce qui fait que je côtoyais le Milieu, un Milieu de province que j’ai largement décrit dans mon deuxième bouquin, Les Panadeux, qui se passe à Orléans. La Divine surprise, c’est d’abord un hommage à Albert Simonin que j’admirais et que j’admire toujours, que je tiens pour un des plus grands auteurs du roman policier français. Et puis parce que ça m’amusait de démystifier ce Milieu que d’aucuns comme José Giovanni mais surtout comme Auguste Le Breton avaient porté aux nues en en faisant des chevaliers à la blanche armure alors que je peux vous dire pour les avoir fréquentés (mon oncle également était un perceur de coffres-forts renommé ; il avait une formation de chaudronnier) à quel point ces gens-là sont des crétins. Pour réussir un coup qui rapport beaucoup d’argent, on met en branle infiniment plus de travail, de soins et de soucis que pour faire un travail honnête.
R&A : Vous dites avoir été influencé par Céline, Boudard et Simonin. Quand on vous lit, c’est vraiment de ce dernier que vous semblez le plus proche, surtout pour le style…
A.D.G. : A l’époque de mes premiers bouquins, j’étais très célinien. Je le suis moins maintenant parce qu’en vieillissant, on devient écrevisse et on finit par voir un peu les trucs des écrivains. Et j’en ai vu les limites. Mais Simonin est un classique. Il écrit de manière très élégiaque, très élégante. Je l’ai connu en plus. C’est une de mes grandes fiertés. Pas assez longtemps parce qu’il est mort assez rapidement. C’est lui qui m’a fait connaître Alphonse Boudard qui est devenu un de mes meilleurs potes.
R&A : Pourtant Les Confessions d’un enfant de La Chapelle de Simonin font beaucoup penser à Mort à crédit de Céline. Même enfance, même histoire…
A.D.G. : Tout à fait. D’ailleurs, avec François Brigneau, on envisage d’aller déposer une plaque sur sa maison natale, du côté de La Chapelle. Pour honorer Simonin qui est scandaleusement ignoré, occulté aujourd’hui, y compris par la Série Noire.
R&A : Pourquoi parle-t-on plus de Le Breton que de Simonin ?
A.D.G. : Le Breton faisait du commerce. Ce truand faisait l’éloge incessant des flics, ses héros étaient des poulets charismatiques, beaux, intelligents,… Je ne suis pas sûr d’ailleurs que Le Breton ait vendu plus que Simonin. Ce sont de très gros tirages (ses Grisbi). On peut dire que c’est le premier écrivain qui a démystifié le Milieu. Et pour cause, il le connaissait bien lui aussi puisqu’il avait été en taule, non pas pour des raisons délictueuses, mais pour des raisons politiques : c’est à l’Epuration qu’il s’est retrouvé dans la purée.
R&A : Pourquoi ?
A.D.G. : Il avait écrit dans des journaux mal disants…
R&A : Mal pensants ?
A.D.G. : Mal pensants, ça j’en sais rien (rires).
R&A : Finalement, comme Boudard, Simonin, Céline, n’avez-vous pas la nostalgie de cette France populaire des faubourgs qui se meurt et qui a quasiment disparu ? Celle de Carné, Prévert, Doisneau, Audiard et Arletty ?
A.D.G. : Bien sûr. Comment ne pas être nostalgique d’une époque à taille humaine alors qu’aujourd’hui on est dans une telle époque. Encore que je ne me plains pas trop. Il pourrait y avoir pire ! On pourrait vivre au Ghana ! Mais c’est vrai qu’il y a toujours une nostalgie à partir d’un certain âge pour l’époque que l’on a connue enfant, adolescent, jeune, en pleine forme. C’est pour ça que j’ai du mal à écrire des polars maintenant parce que je n’ai pas tellement envie de décrire la réalité d’aujourd’hui. Je ne suis pas attiré pour faire un truc qui se passe dans les banlieues. Franchement. Ce qui ne m’a pas empêché d’écrire des bouquins qui se passent dans des HLM comme Cradoque’s band, dans les terrains vagues. Disons que les banlieues étaient alors un plus humaines, un peu moins colorées.
R&A : On parlait du cinéma tout à l’heure. Vous avez travaillé avec Michel Audiard. Quels souvenir en gardez-vous ?
A.D.G. : Simonin m’a fait rencontrer Audiard. Et Audiard m’a fait rencontrer Jean Carmet, René Fallet,… Mes rapports n’ont pas toujours été très très heureux avec le cinéma parce que ce n’est pas quelque chose qui me fascinait. J’ai donné des coups de paluche, d’ailleurs principalement dactylographiques, à Audiard. C’est vrai qu’on parlait beaucoup, et quand il était dans ses moments de méforme intellectuelle, ses moments de grand chagrin, il ne se ressentait pas tellement pour réaliser des films. Car pour payer ses impôts, il a même été obligé de réaliser des films alors qu’il s’en foutait complètement. Il suffisait de le voir sur un tournage. Il allait mettre son œil dans le mauvais bout de la caméra en disant : « Ouais, ça va. Démerdez-vous les mecs ! » bon, on discutait. C’était plus de l’amitié, de l’aide cordiale que je lui apportais mais c’est vrai que j’ai tapé quelques dialogues que j’ai parfois agrémentés. Donc il y a parfois des phrases d’Audiard qui sont de moi ! (rires) Mais dans les films les plus récents, donc pas les meilleurs. Le Cri du cormoran le soir au dessus des jonques, c’est un peu moyen…
R&A : Quoique Faut pas prendre les enfants du bon dieu pour des canards sauvages ! avec Françoise Rosay, André Pousse ou Bernard Blier, c’est très bon ! Ca se laisse regarder avec plaisir ! Quand on lit le roman d’Audiard La nuit, le jour et toutes les autres nuits, on retrouve un univers très proche de Boudard…
A.D.G. : Ca,c’est très célinien. Audiard était très célinien. Il avait une bibliothèque célinienne absolument magnifique, avec des éditions originales… Il avait d’ailleurs une bibliothèque magnifique comme Bernard Blier dont on croit toujours que c’est un gros con alors que c’est un des types les plus lettrés que l’on puisse imaginer. Fallet lisait beaucoup aussi. Jean Carmet, quand je l’ai connu, était très fond de terroir comme moi (nous étions en plus tous deux tourangeaux, ça crée des liens). On est devenu très potes. C’est marrant parce que le père de Serge de Beketch qui était un de mes meilleurs amis, avait été au lycée avec Jean Carmet. En effet, malgré son nom, Beketch est né à Tours !
R&A : Quels sont vos auteurs de polar préférés, morts ou vifs ?
A.D.G. : On va parler des Américains d’abord. J’aime beaucoup les Américains drôles. J’aime pas trop les très noirs, les très sordides. Il n’y pas beaucoup d’auteurs contemporains que j’apprécie. Mes préférés sont Donald Westlake, Ed Mc Bain, Charles Williams (dont le Fantasia chez les ploucs m’a bien évidemment inspiré pour La Nuit des grands chiens malades), Chandler. Mais c’est tout.
R&A : Les plus noirs, comme Hadley Chase ou Dashiell Hammett, non ?
A.D.G. : Non pas trop. Parmi les contemporains, il y en a un qui est très très fort, c’est Michael Connelly. C’est vraiment un très bon auteur. Remarquable... Je les ai tous lus. Mais c’est vrai que je ne lis pas beaucoup de polars. Alors, parmi les français, je serai bien en peine de vous dire… Je les parcours pour me tenir au courant. Je lis les pages spécialisées mais j’ai pas tellement envie de perdre mon temps avec ces jeunes gens qui décrivent une société à travers leur prisme engagé qui ne me satisfait pas du tout. Je les laisse à leurs enfantillages.
R&A : Un peu avant, il y eut le néo-polar. Que pensez-vous de Manchette et de Fajardie qui sont vos contemporains ?
A.D.G. : Je suis moi-même un auteur du néo-polar. Fajardie est arrivé plus tard. J’en pense du bien forcément car c’était, partant d’un constat que le roman policier était extrêmement ludique à la manière américaine, assez noir chez Manchette , assez souriant chez moi, adapter des situations américaines à une situation française de l’époque. Qui, en gros, était la France de Pompidou ou de Giscard…
R&A : Les années édredon…
A.D.G. : (rires) Oui donc voilà, ça nous sortait de ce cliché du milieu chevaleresque avec le code de l’honneur. Rien que des trucs bidons ! Tout ça était complètement magnifié. De même peut-on dire que les premiers bouquins de Jean Vautrin (notamment Billy ze kick) n’étaient pas déshonorants. Après, c’est vrai qu’il a beaucoup politisé son propos. A tel point qu’il a été invité à un de mes mariages où il y avait Le Pen, Jean Carmet, Audiard, Lautner, Boudard, Nucéra. Des années après, j’ai su qu’il se vantait d’avoir fait un scandale et qu’il avait quitté les festivités à cause de la présence de Le Pen. C’est absolument faux et personne ne s’en souvient sauf lui !
R&A : (rires) Et Frédéric Fajardie, vous pouvez nous en dire un mot ?
A.D.G. : Je suis assez copain avec Fajardie. Il prétend que je suis son bon fachiste. Ce qu’il ne sait pas, c’est qu’il est mon bon gaucho. J’ai un bon Juif aussi, c’est Jean-Pierre Cohen ! J’aime bien Fajardie. En plus, il est fasciné par ce qu’on appelle l’extrême-droite. Il n’est pas pour rien le scénariste de Vent d’Est de Robert Enrico et il est fasciné aussi par les roycos (NDA : il est bien le seul !). A mon avis, un de ces jours, il va faire un bouquin à la gloire des miliciens (NDA : il a déjà commis l’excellente Théorie du 1%). Je lui ai même trouvé un titre : Viens voir les miliciens !
R&A : Vous nous disiez ne pas trop aimer le roman noir américain. Pourtant, on retrouve dans presque tous vos romans « votre » femme fatale qui en est un peu l’anti-thèse : la fille sympa, consolatrice et étrangère à l’intrigue qui va mettre du baume au cœur du héros…
A.D.G. : C’est le repos du guerrier ! (rires) On reproduit quand même ce que l’on connaît. Il n’a échappé à personne que le couple de héros récurrents depuis une dizaine de bouquins – qui est composé d’un journaliste et d’un avocat – c’est peu moi et un gros journaliste de la presse nationale.
R&A : On ne citera pas de nom !
A.D.G. : Même pas ses initiales !!!
R&A : Ca commence par S non ?
A.D.G. : C’est comme Salle De Bains (rires) !
R&A : Et vous mettez en boite pas mal de vos amis comme ça ?
A.D.G. : Ah oui, ça m’arrive assez souvent. Dans mon roman historique Le Grand Sud, il y a un lieutenant qui s’appelle Potier (qui est le véritable nom d’Alain Sanders), il y a un gendarme qui s’appelle Durand comme mon regretté ami Pierre Durand. Il y en a un qui s’appelle Buisson comme un ex-directeur de Minute (NDA : aujourd’hui rangé des voitures à LCI notamment) : je l’appelle Buisson-la-teigne.
R&A : Bref un fidèle reflet de la vie ! Le courage de votre engagement politique n’a pas du être un plus pour votre carrière littéraire ?
A.D.G. : Non ça j’aurais remarqué… (rires)
R&A : Pouvez-vous nous dire justement ce qui vous a poussé à vous engager ?
A.D.G. : Je viens d’une famille de gauche, très très modeste. Mon père était ouvrier municipal, aux cuisines de Tours. Toute ma famille était de gauche. Mon grand-père dont je parle dans Pour venger Pépère était communiste mais aussi tailleur de pierre. Il était communiste par sentimentalité. Mais j’ai eu une réaction assez tôt. C’est pour ça que je suis parti en école militaire, en entrant en sixième aux enfants de troupe à l’école militaire d’Autun. Comme ça n’a pas bien marché, ils m’ont viré. J’ai été muté à Aix-en-Provence et, là, j’ai été viré directement. C’est vrai que c’était l’époque de l’Algérie et que ce que devenait l’armée ne me plaisait pas beaucoup. Mais, à partir de ce moment-là, on peut dire que j’étais engagé à droite. Après quoi c’est la littérature… C’est Céline qui m’a emmené vers Rebatet qui m’a conduit vers Maurras… En plus, à cette époque-là, j’étais bouquiniste et je lisais toute la journée. J’ai trouvé tellement plus d’élégance, plus de rires et plus de gaieté à droite qu’à gauche.
R&A : En littérature justement, quels auteurs appréciez-vous ?
A.D.G. : Surtout des romans et, depuis une dizaine d’années, beaucoup de récits de voyage, de récits historiques, maritimes… J’aime beaucoup les flibustiers, les découvertes… Cela dit, j’ai un grand amour pour le plus grand écrivain du siècle dernier qui est Nabokov. Je suis un nabokovien. C’est pour moi le plus riche, le plus touffu, avec cette manière complètement désinvolte, aristocratique, de se payer le luxe de commencer un livre (je pense à Ada) avec cinquante pages emmerdantes uniquement pour se débarrasser des cons ! (rires) A la fin, il nous susurre, ça y est, on est entre nous, allons-y. J’aime aussi beaucoup Marcel Aymé, Sacha Guitry, Céline un temps avant d’en voir les limites mécaniques. Jacques Laurent disait : « Céline écrit magnifiquement bien mais il n’a rien à dire. » C’est devenu un peu mon opinion…
R&A : Vous ne trouvez pas qu’il a eu une vie incroyable et qui a fourni la matière de ses neuf romans où il ne fait que se raconter…
A.D.G. : Oui mais c’est très très étiré. Il admirait Commynes, Alban des Réaux, tous les chroniqueurs mais qui étaient beaucoup moins échevelés que lui. Ils est très partie prenante, très transformiste de la réalité d’ailleurs.
R&A : C’était aussi un passionné de style…
A.D.G. : Bien sûr. Sinon j’aime aussi les anglo-saxons comme Evelyn Waugh, Chesterton, et parmi les contemporains David Lodge, Kipling et Stevenson dont je suis un fanatique.
R&A : Dans la littérature française contemporaine, il y a quelqu’un qui retient votre attention ?
A.D.G. : Non, je n’en lis pas beaucoup. A ma courte honte, je n’ai lu ni Dantec ni Houellebecq. J’ai encore beaucoup de choses à lire et ça ne me parait pas urgent de m’intéresser à leur imaginaire si particulier.
R&A : Et les grands ancêtres, sans remonter à Rabelais ou Villon ! Dumas, vous aimez ?
A.D.G. : Ah oui ! Evidemment Le Grand Sud est bâti sur le schéma des Trois mousquetaires. Puisque ce sont quatre bagnards. Il y en a un qui est Athos d’évidence, l’autre d’Artagnan… Il y a même Milady. Ils ont leurs valets. C’est complètement plaqué sur l’histoire mais aussi sur l’étude des caractères des mousquetaires. Il y a aussi mon compatriote Balzac…
R&A : Pour revenir à votre aventure politique, votre première expérience a été celle de Minute…
A.D.G. : Oui. J’appartenais à Tours à un petit groupe qui était un peu intemporel. Il y avait ce qu’on n’appelait pas encore des souverainistes, des roycos, de francs nazebroques aussi… J’ai fait un journal en 1968 qui s’appelait Révolution 1970. J’avais dix-huit ans. Ca a été un engagement précoce. J’ai un peu de route avec des journaux locaux, de poésie ?... Et c’est après avoir commencé la Série Noire que je rentré à Minute en 1973. Par Christian de La Mazière qui était un ami…
R&A : … casqué !
A.D.G. : Un ami casqué auquel j’ai dit : « Je lis Minute. J’adorerais faire du journalisme. » Qu’à cela ne tienne, il m’a pris un rendez-vous avec Jean Bourdier. J’avais écrit trois-quatre bouquins. J’étais déjà très connu. Ca a marché très vite. Ces trois lettres intriguaient beaucoup. On a même suggéré dans le Nouvel Observateur que c’était Queneau : j’étais fier ce jour-là ! Avec Bourdier, le courant est passé tout de suite. J’ai très vite fait des reportages, des chroniques… J’étais grand reporter : j’ai couvert le Liban, la Révolution des Œillets au Portugal, le Golpe de Terrero (je suis le seul journaliste à l’avoir vu aux arrêts). C’est comme ça que je me suis retrouvé en Nouvelle-Calédonie où j’étais en reportage. J’en avais un peu marre. J’avais été très ébranlé par Beyrouth où j’étais resté assiégé par les Syriens pendant pas mal de temps dans le quartier chrétien complètement déserté. Malheureusement, je me suis installé en Calédonie et le bordel a commencé. J’étais parti pour écrire Le Grand Sud pour lequel j’avais reçu de confortables avances et que j’ai fini avec un confortable retard !!!
R&A : En fait, vous ne suivez pas les évènements, ce sont les évènements qui vous suivent !
A.D.G. : Ah, méfiez-vous ! Je suis un porte-poisse terrible ! La dernière fois que je suis allé en Nouvelle-Calédonie, il y a eu des incendies. Je me suis envolé pour l’Australie où il y a eu les plus grands incendies locaux. Je suis reparti pour San Francisco où il y avait le tremblement de terre. Quand je suis arrivé à Paris, de Beketch m’a dit : « Retourne d’où tu viens, on ne veut plus te voir ! »
R&A : Pour revenir à Minute, vous y êtes resté longtemps ?
A.D.G. : J’y suis resté de 1973 à 1982. Et je suis resté correspondant pour les évènements de Nouvelle-Calédonie. Je suis revenu en 1990-91 où j’ai repris avec Serge Martinez.
R&A : Comment expliquez-vous l’énorme tirage des journaux de l’époque (Minute tirait jusqu’à 300 000 exemplaires nous souffle A.D.G.) et le faible tirage des nôtres aujourd’hui malgré le talent de certains comme Rivarol où vous écrivez avec brio chaque semaine…
A.D.G. : Non, je n’écris pas avec Brigneau, j’écris avec Camille Galic ! (rires) Pour revenir à votre question, l’époque n’est plus la même. On a constaté que la montée en puissance du Front National n’a absolument pas profité aux journaux. Je pense que les gens ont trouvé leur exutoire dans l’action politique, dans le vote qui devenait gratifiant et ils n’avaient plus besoin d’une presse de révélation parce qu’ils s’estimaient déjà parfaitement briefés pour l’action politique. Il y a également des raisons conjoncturelles pour Minute, qui est tombé de Charybde en Sylla, avec des conneries de direction et de mauvais choix éditoriaux voire politiques. Mais Minute n’était pas politique malgré un gros noyau Front National.
R&A : A vous écouter, on a l’impression que la politique, c’est aussi chez vous une histoire d’amitié…
A.D.G. : Ah oui, c’est beaucoup l’amitié. C’est vrai qu’on a des rites communs, souvent un passé commun. Et le fait d’être un peu des maudits, ça soude une communauté. On n’est pas très aidés donc, entre nous, en compensation, il y a de la chaleur.
R&A : Quels sont aujourd’hui vos projets littéraires et autres ?
A.D.G. : Je suis secrétaire général de la rédaction de Rivarol depuis 1998 (j’y écris depuis 1995). Je suis chroniqueur et j’ »écris aussi des échos et des critiques de livres. Sinon Gallimard a réédité quatre de mes anciens livres parce que je risquais de récupérer les droits (avec des droits cinématographiques).
R&A : Ah, ça n’étais pas par philanthropie ?
A.D.G. : Ben non, je ne crois pas. Je suis très fidèle à Gallimard malgré le peu de considération qu’ils ont montré envers moi à l’occasion du cinquantenaire de la Série Noire. Certains auteurs et journalistes leur ont d’ailleurs fait remarquer à quel point ils avaient été à mon égard quelque peu répugnants. Donc ils ont eu honte et ils savent, en plus, que je suis un très mauvais chien et que je ne suis pas avare de distribuer des gifles. Je rappelle, pour nos jeunes lecteurs, que je suis le premier mec qui a distribué des paires de baffes à la télévision, dans l’émission de Polac Droit de réponse. L’heureux élu était Siné. Et le professeur Choron (présent lui aussi puisque c’était un débat sur la mort d’Hara-Kiri) avait approuvé que je lui colle six tartes dans la gueule et regretté même que je ne l’ai pas achevé. Faut dire que les pompiers m’en ont empêché ! (rires)
R&A : Et y a-t-il enfin un prochain livre ?
A.D.G. : J’ai un bouquin que j’ai commencé à écrire il y a trois ans. Une longue maladie dont je suis sorti m’en a détourné. C’est un assez gros polar qui a déjà trois cents pages d’écrites (NDA : ce sera Kangourou roadmovie). Il est donc pratiquement fini. Il manque deux ou trois chapitres et l’histoire se passe en Australie, dans le milieu de la brousse profonde, dans le Queensland très far-west bien qu’il soit à l’Est.
R&A : Un polar ethno à la Hillerman ?
A.D.G. : Oui mais le créateur du genre c’est Arthur Upfield. Il a mis en scène un traqueur, un pisteur métis aborigène du nom de Napoléon Bonaparte. Il y a une vingtaine de bouquins parus en 10/18. C’est remarquable ! C’est écrit avant-guerre et il est mort dans les années cinquante.
R&A : Pour finir, si vous ne deviez gardez qu’un seul livre, qu’un seul disque et qu’un seul film ?
A.D.G. : Je voudrais un gros livre…
R&A : La Bible ?
A.D.G. : Non, pas vraiment. Ces histoires juives… (rires) Non, je dirais Ada de Nabokov. Un disque de country de Johnny Cash. Et le film… Les Tontons flingueurs.
Recueilli par Pierre Gillieth, Réfléchir & Agir n°12, automne 2002
Réfléchir & Agir
Revue autonome de désintoxication idéologique CREA - BP 80432, 31004 Toulouse cedex 6
contact : reflechiretagir2013@yahoo.fr